Le téléphone a sonné à 2h du matin.

Il existe des sonneries qui ne ressemblent à aucune autre. Celles qui réveillent le corps avant même que l’esprit ne comprenne, celles qui ouvrent une porte que l’on ne pourra plus jamais refermer. 

Papa est parti le 1er juin 2014, mon fils avait deux ans et demi.

Deux jours nous séparaient encore avant de nous retrouver...Deux jours.

Et pendant longtemps, une seule question a tourné dans ma tête : Pourquoi tu ne m’as pas attendue ? Pourquoi n’as-tu pas tenu encore quarante-huit heures ?

Était-ce trop difficile ?

Ou ne voulais-tu simplement pas que je te voie partir ?

Comment pouvait-on m’annoncer que je n’avais plus de papa ?

Même aujourd’hui, ces mots ont quelque chose d’irréel.

Parce qu’un papa, ce n’est pas seulement une personne. C’est un repère. Une présence. Une voix qui vous appelle.

Une voix qui vous taquine. Un regard qui vous rassure.

Moi, je cherche encore ton odeur, ce mélange de fumée de cigarette et d’eau de Cologne à la lavande. Je cherche encore ton sourire. Ton rire, ta présence.

Je te cherche dans mes souvenirs. Je te cherche dans mes rêves.

Je te cherche dans le silence. Et parfois, je te cherche encore dans les endroits où je sais pourtant que je ne te trouverai pas.

Puis la culpabilité s’invite.

Aurais-je dû être là ? Ai-je fait tout ce que je pouvais ? Ai-je failli dans mon rôle de fille ?

Certaines questions n’obtiennent jamais de réponse, elles apprennent simplement à vivre avec nous.

Je suis maman. Mais ce jour-là, je suis redevenue une petite fille qui venait de perdre son papa.

On parle souvent du jour où l’on devient parent.

On parle moins du jour où l’on perd le sien.

Pourtant, il y a quelque chose de bouleversant à devoir continuer à prendre soin d’un enfant alors qu’une partie de soi vient de s’effondrer.

Comment continue-t-on à être maman quand le monde vient de s’écrouler ?

Je ne connais toujours pas la réponse. Mais je sais une chose : Mon enfant m’a sauvée.

Au milieu de ce chagrin immense, il était là.

Avec ses besoins, ses câlins, son sourire, sa vie qui continuait. Et un jour, il m’a regardée avec ses yeux d’enfant et il m’a dit :

« Ne pleure pas maman. Papi est parti au paradis. Je suis là moi. »

Je crois que cette phrase vivra toujours en moi, parce qu’à cet instant, la vie est venue tendre la main à la douleur.

On parle souvent de ce que les parents transmettent à leurs enfants.

Mais, les enfants nous transmettent eux aussi quelque chose :

Force, Espoir, Une raison de continuer à avancer.

J’ai compris ce jour-là que nous ne cessons jamais complètement d’être les enfants de quelqu’un, même lorsque nous sommes devenus parents à notre tour.

Papa, je te cherche encore.

Je te pleure encore aussi.

Je t’aime. Et même si le monde s’est écroulé lorsque tu es parti, une partie de toi continue de vivre dans mon cœur, dans mes souvenirs et dans les yeux de ce petit garçon que tu as tant aimé.

Je suis maman aujourd’hui.

Mais je reste ta fille.